Il y a des histoires que l’on porte en soi, sans toujours savoir comment les raconter. Pour moi, c’est celle de mon enfance, entre deux cultures, deux mondes qui m’ont façonnée en silence. Grandir en Alsace, c’était me sentir chez moi dans la campagne française, tout en vivant une autre réalité, plus intime, dès que je franchissais la porte de la maison.
Dans cette maison, mes racines marocaines prenaient vie. La langue, les valeurs familiales, les traditions que je ne retrouvais nulle part ailleurs. Mais dès que je sortais, je redevenais cette petite fille alsacienne, avec des amies d’école qui, souvent, me posaient des questions auxquelles je ne savais pas toujours répondre. Pourquoi ces différences entre ma vie et la leur ? Je sentais ce fossé, ce tiraillement, et parfois, j’aurais voulu être « comme tout le monde ». Cette dualité me paraissait alors un poids, quelque chose de difficile à assumer.
Avec le temps, ce que je voyais comme une barrière est devenu une immense richesse. Chaque culture m’a apporté des valeurs, une vision, et m’a permis de trouver ma propre voie en puisant dans le meilleur des deux mondes. J’ai compris que l’on peut choisir ce qui nous renforce, que chaque culture nous offre des trésors sans avoir à renier une partie de soi. En réalité, elles se complètent, et ce sont ces deux mondes ensemble qui m’ont construite.
Récemment, et 25 ans plus tard, je suis retournée dans cette campagne qui m’a vue grandir. Le même calme, la même douceur dans l’air, et le même voisin, qui vivait toujours là, comme un repère immuable. J’ai frappé à sa porte, un sourire, des retrouvailles émues. Il m’a observée un instant en silence avant de dire, d’une voix douce mais un peu amusée : « Tu as bien changé… mais on voit que tu as gardé les valeurs qu’on a partagées ici. » Cette phrase m’a profondément touchée. Dans son regard, je pouvais voir qu’il me reconnaissait encore, au-delà de mes choix, de mon parcours. Ce qu’il voyait en moi, c’était cette combinaison de valeurs alsaciennes et marocaines, cette part de moi qui était restée fidèle à mes racines.
Ces amies d’enfance, qui ont partagé avec moi tant de questionnements, sont encore présentes dans ma vie. Elles ont su voir au-delà de mes différences et m’ont toujours acceptée telle que j’étais. À travers cet article, je tiens à les remercier. Elles ont fait partie de mon parcours, et leur bienveillance m’a aidée à comprendre l’importance d’embrasser toutes les facettes de mon identité. Jade, Anaïs, Laetitia, Julie, Aline, Camille… si vous passez par là.
Devenir maman, et vivre maintenant en banlieue parisienne, m’a fait prendre encore plus conscience de la richesse de cette diversité. En observant mes enfants grandir dans un environnement où les cultures se côtoient, je réalise pleinement la valeur de cet héritage que je leur transmets. Je souhaite qu’ils aient cette liberté que j’ai finalement trouvée : pouvoir puiser dans les cultures qui les entourent, choisir les valeurs qui résonnent en eux, et bâtir leur propre équilibre.
Cette double culture est devenue la source d’inspiration de mon aventure en tant que cofondatrice d’aeslie. Chaque idée et chaque décision puise dans cette complémentarité : l’esprit de famille et de partage marocain, la rigueur et l’ouverture germanique. aeslie est le reflet de cette fusion, une entreprise portée par des valeurs d’authenticité, de diversité et d’ouverture sur le monde.
Aujourd’hui, je suis fière de dire que cette double appartenance, que j’ai autrefois perçue comme un défi, est devenue une force et une inspiration. À travers aeslie, j’espère transmettre cette richesse, montrer que notre identité peut être multiple, et que c’est dans cette diversité que réside la véritable force.
C’est avec cette conviction que je continue mon chemin.
Chahineze, Co-fondatrice.